Brouillard mortel

 

Alzir et ses compagnons monstrueux travaillèrent d’arrache-pied à remettre le ballon en état. Ce déploiement d’énergie n’inquiéta pas la Dévoreuse, car elle avait prévu, de toute manière, d’utiliser le Capitaine Fantôme pour expédier les marionnettes à la surface. Toutefois, n’entretenant plus de communication télépathique avec les ratés, elle ignorait que ceux-ci étaient en train de mettre au point une bombe susceptible de la plonger pour dix siècles dans un profond sommeil.

— Elle est trop sûre d’elle, c’est son point faible, expliqua le jeune monstre à Peggy Sue. Elle nous méprise, vous les humains, nous les ratés… Elle ne parvient pas à imaginer que nous puissions lui porter préjudice. À ses yeux, nous sommes bien trop faibles pour constituer un danger. À peine des vermisseaux ! En ce qui nous concerne, mes compagnons et moi, elle croit que nous trimons pour rentrer dans ses bonnes grâces. Elle ne se doute pas que nous n’avons qu’une idée : nous venger !

 

Peggy était nerveuse. C’est en tremblant qu’elle avait vu les ratés manipuler les bonbonnes de gaz de la machine infernale. Une fausse manœuvre pouvait les tuer, tous. Le dosage des effluves semblait d’une extraordinaire complexité.

— Il faut programmer le minuteur pour qu’il mélange les différents gaz au bon moment, et selon les proportions exactes. Si nous nous trompons d’un demi-décilitre, ce sera la mort pour tout le monde. Au lieu de nous endormir, nous mourrons asphyxiés.

 

L’angoisse de Peggy Sue était d’autant plus grande que Sébastian s’était mis à sauter. Depuis deux jours il ne tenait plus en place. Refusant de boire la sève contrepoison, il jouait les kangourous en bondissant par-dessus les collines caoutchouteuses.

— Garde un œil sur lui, ordonna la jeune fille au chien bleu. Il ne faudrait pas qu’il nous file entre les doigts quand viendra le moment d’embarquer !

Elle s’angoissait à l’idée que la bête des souterrains découvre soudain le complot qui se tramait dans l’ombre. Le danger venait des sosies qui furetaient partout sitôt la classe terminée. Peggy s’évertuait à les tenir occupés le plus longtemps possible en les obligeant à danser et à chanter.

Dix fois, elle frôla la catastrophe. Enfin, Alzir lui annonça :

— C’est prêt. À toi de prendre la décision finale. Lorsque j’aurai déclenché le minuteur, plus rien ne pourra l’arrêter. Nous avons fait de notre mieux, mais je ne puis te garantir que ça va marcher. Quand le compte à rebours atteindra zéro, le gaz qui sortira des bouteilles nous tuera peut-être.

Peggy Sue hocha la tête. Elle ne reculerait pas.

— Ce serait bien que vous partiez cinq minutes avant l’explosion, insista Alzir. En cas de malheur, prendre de l’avance pourrait vous sauver la vie. Avec un peu de chance, le ballon grimpera plus vite que la nappe de gaz mortel. Ce sera une sacrée course, mais le béthanon est très volatil, il vous arrachera du sol.

— Si la Bête voit le ballon décoller, elle se doutera de quelque chose, objecta l’adolescente.

— Je lui dirai que nous procédons à des essais. Toi et tes amis, vous vous cacherez parmi les caisses. Elle n’imaginera pas une seconde que nous puissions tramer quelque chose contre elle. Elle nous croit trop idiots pour ça.

— Je l’espère, souffla Peggy guère rassurée, quand passons-nous à l’action ?

— Le plus tôt possible, on ne peut pas se permettre d’attendre. Les sosies fourrent leur nez partout. S’ils s’amusent à tripoter la bombe, le pire peut arriver. Il ne faudrait pas qu’ils se mettent à tourner les robinets et modifient les dosages, ce serait une catastrophe !

— D’accord, fit Peggy Sue. Je vais prévenir Sebastian et le chien bleu. Aménage-nous une cachette au creux des caisses.

Elle partit à la recherche du petit animal. Elle n’était pas tranquille. Pendant qu’elle marchait, elle eut l’impression que l’œil énorme de la Dévoreuse la fixait dans les ténèbres. Elle s’efforçait de ne pas penser à la bombe au cas où la créature aurait été tentée de lire dans son esprit, mais cela n’arriva pas. La Bête la méprisait trop pour perdre son temps à la surveiller.

 

Elle trouva enfin le chien, pantelant et essoufflé, tirant une langue aussi longue que sa cravate.

— Je n’en peux plus de courir après ton petit ami, protesta-t-il. Il ne tient plus en place. Il fait des bonds démentiels. C’est comme s’il portait des bottes de sept lieues, je n’arrive pas à le suivre.

— Il faut pourtant l’attraper, haleta Peggy. Le ballon est prêt, Alzir est en train d’amorcer la bombe.

— Nom d’une saucisse atomique ! grogna l’animal, nous aurions mieux fait de ficeler ce damné Sébastian dès qu’il a commencé à rigoler comme une baleine.

Les deux amis s’élancèrent, le nez en l’air, essayant d’identifier le garçon au milieu des autres sauteurs qui s’entrecroisaient dans les airs. Le manque de lumière ne facilitait pas les choses.

— Sébastian ! cria Peggy, descends ! J’ai quelque chose à te dire !

Mais sa voix se perdait au milieu des éclats de rire en provenance des hauteurs.

— Là ! grogna enfin le chien, c’est lui !

Et il bondit sur le jeune homme à l’instant même où celui-ci touchait le sol. Peggy l’imita. À eux deux, ils plaquèrent Sébastian sur la lande caoutchouteuse pour l’empêcher de rebondir une fois de plus.

— Hé ! protesta le garçon, qu’est-ce que vous faites, c’est pas marrant ! Je travaille mon double looping ventral pour le grand concours annuel !

Sans lui laisser le temps de réagir, Peggy Sue l’empoigna par le bras et le chien bleu planta ses crocs dans l’une de ses chaussettes.

— Viens ! ordonna l’adolescente. C’est très important. Je t’expliquerai.

Le garçon se laissa faire d’abord en maugréant. Les autres « kangourous » l’interpellèrent :

— Alors, tu te ramènes ? criaient-ils entre deux éclats de rire.

Traîner Sebastian jusqu’au ballon ne fut pas une mince affaire. Il se débattait en gloussant comme un gosse de cinq ans qu’on chatouille.

— Dépêchez-vous ! murmura Alzir, j’ai déclenché la minuterie. La bombe va exploser dans dix minutes. Je ne pouvais pas attendre plus longtemps, les sosies ont commencé à s’attrouper autour des bonbonnes. Ils n’arrêtent pas de demander à quoi sert ce truc. Ils croient que ce sont des toilettes publiques, comme il y en a tant sur la Terre, et exigent une démonstration ! Je ne sais pas combien de temps mes camarades parviendront à les tenir éloignés des robinets. S’ils s’amusent à tripoter les valves, ils modifieront les mélanges… et nous serons tous fichus !

Peggy et le chien bleu tirèrent Sebastian vers la nacelle et le forcèrent à s’accroupir entre les caisses.

— C’est quoi ce jeu ? pouffa le garçon.

Peggy lui appuya sur la tête pour l’obliger à se cacher. Glissant un œil dans l’interstice séparant deux caisses, elle put vérifier qu’Alzir avait raison de s’inquiéter. Les sosies, désœuvrés, s’étaient rassemblés autour de la machine infernale et, comme à leur habitude, posaient des questions saugrenues aux ratés qui en assuraient la garde.

— À quoi ça sert ce robinet ? Et celui-là ? Ça fait de la musique si on le tourne ? Où fait-on pipi ? Dans ce tuyau ? Où est la chasse d’eau ?

Au fil des minutes ils devenaient plus nombreux, et les pauvres monstres semblaient en grand danger d’être débordés.

— On y va, haleta Alzir. J’envoie le béthanon dans l’enveloppe. Le ballon va se gonfler. Restez bien cachés. Je vais me tenir à la proue. De cette manière, la Dévoreuse me verra. Elle me connaît, elle croit que je suis un lèche-bottes.

Il fallut peu de temps au béthanon pour emplir l’enveloppe qui se défroissa en chuintant.

— Oh ! le joli ballon ! crièrent les sosies. On veut grimper, nous aussi ! On veut aller se promener dans les airs !

Alzir se dépêcha de larguer les amarres et d’augmenter le débit du gaz. L’aérostat s’éleva aussitôt d’une bonne dizaine de mètres. Les marionnettes poussèrent des cris de déception.

— Quelle plaie ! ragea Alzir. Leurs beuglements vont éveiller l’attention de la Dévoreuse. La bombe devrait exploser dans cinq minutes. Si le mélange est bon, il devrait créer un nuage rose… si, au contraire, ces crétins de sosies ont tripoté les valves, le nuage sera bleu… et nous tuera tous.

Peggy Sue se mordait les lèvres, et le chien bleu tremblait du museau à la pointe de la queue. Seul Sébastian s’obstinait à pouffer de rire.

Pendant ce temps, le Capitaine Fantôme s’élevait dans la pénombre.

Alzir se tenait dressé à la proue, cramponné aux haubans. Il savait qu’à partir d’une certaine hauteur la fable des « essais » ne tiendrait plus. La Bête finirait par comprendre qu’elle assistait à une tentative d’évasion et réagirait en conséquence.

— Trois minutes, annonça-t-il. Dans trois minutes nous saurons si la bombe va cracher du somnifère ou du poison. J’ai fait de mon mieux. Il ne faudra pas m’en vouloir si ça rate.

Peggy se rendit compte qu’elle était en train de s’enfoncer les ongles dans les paumes. Son cœur faisait un bruit énorme dans sa poitrine.

— Une minute, annonça Alzir.

Comme chaque fois qu’il était trop ému, le chien bleu se mit à aboyer. Peggy lui serra le museau pour le faire taire.

— Oh ! gémit le jeune monstre, je crois que la Dévoreuse s’inquiète de ce qui est en train de se passer. Elle regarde dans notre direction et commence à agiter ses tentacules. Je vais augmenter le débit du gaz pour accélérer la remontée.

— Pas trop ! lui conseilla Peggy Sue. Si l’enveloppe éclate nous sommes fichus ! N’oublie pas qu’elle a été recousue.

— Dix secondes, bredouilla Alzir.

Peggy ferma les yeux et se serra contre ses amis. Au moins, si le nuage de gaz était bleu, ils auraient la consolation de mourir ensemble.

— 9, 8, 7… égrena Alzir.

Une explosion sourde ébranla les parois de la coquille. Un sifflement strident se fit entendre. La bombe venait d’exploser. Elle répandait son mélange au fond de l’œuf.

— Quelle couleur ? hurla Peggy. Quelle couleur ?

— Je ne vois rien ! gémit Alzir. Il fait trop sombre !

Pendant une trentaine de secondes, les fugitifs furent la proie d’une intense frayeur.

« Bleu ou rose ? se demandait Peggy Sue. Rose ou bleu… le sommeil ou la mort ? »

Par chance, une explosion de méthane se produisit en altitude, illuminant l’espace intérieur de la coquille.

— Rose ! cria le jeune monstre. Le nuage est rose… ça a marché !

N’y tenant plus, Peggy bondit hors de sa cachette pour le rejoindre à la proue de l’aérostat. Penchée au-dessus du vide, elle put vérifier qu’un brouillard rosâtre envahissait la plaine, enveloppant de ses volutes la masse hideuse de la bête des souterrains.

La Créature poussa un rugissement effroyable car elle venait de tout comprendre. Sa voix formidable éclata en échos douloureux dans l’esprit de l’adolescente.

— Tu… tu m’as bernée, petite Terrienne… chuintait-elle, mais ne te crois pas tirée d’affaire… Tu n’as pas encore gagné ! Loin de là.

— Bon sang ! hoqueta le chien bleu, elle déploie ses tentacules. Regardez ! Elle va essayer de nous attraper ! Pourquoi ne s’endort-elle pas ?

— C’est normal, gémit Alzir, elle est si grosse que le somnifère ne peut pas agir instantanément. Cela va prendre deux ou trois minutes.

— Trois minutes ! protesta le petit animal, mais nous serons morts d’ici là ! Elle va nous mettre en pièces !

En effet, les tentacules de la Dévoreuse s’élevaient déjà à travers la nappe de brouillard en direction du ballon dirigeable. Alzir tendit la main pour augmenter le débit du béthanon, mais Peggy Sue lui saisit le poignet.

— Non ! dit-elle, l’enveloppe va éclater. On ne peut pas la dilater davantage. Si tu insistes, les coutures céderont.

L’aérostat filait vers la surface, pas assez vite cependant pour distancer les tentacules lancés à sa poursuite. Cette fois, la Bête avait déployé ses pseudopodes de combat, ceux qui se terminaient par des doigts griffus. Ces mains cauchemardesques s’ouvraient et se fermaient nerveusement dans leur hâte de s’emparer des fuyards et de les écraser.

Figée par la peur, Peggy Sue entendit les redoutables ongles racler le dessous des caisses, arrachant des morceaux de bois.

— Coucou ! cria Sébastian en se penchant par-dessus la nacelle, je suis là ! Tu ne m’attraperas pas ! Na-na-nère !

Il riait et multipliait les pieds de nez à la Bête comme si tout cela n’était qu’un grand jeu entre copains.

Le Capitaine Fantôme se mit à tanguer, et ses passagers durent se cramponner aux haubans pour ne pas basculer dans le vide.

« Au prochain coup, la nacelle se disloquera », songea Peggy, blême de peur.

L’une des mains écailleuses claqua à un mètre à peine de l’endroit où elle se tenait.

« Tu… tu… ne m’échapperas… p… p… pas… » fit la voix de la Dévoreuse dans son esprit.

« Elle s’endort ! constata la jeune fille. Le somnifère est en train de la paralyser. »

 

Déjà, les tentacules bougeaient de manière paresseuse, comme si toute énergie les quittait. Ils cessèrent bientôt de se cramponner au ballon et se replièrent lentement.

— Voilà ! annonça Alzir. Elle est endormie. Elle va rester ainsi pendant mille ans, plongée dans ses rêves. Dis-le bien aux humains qui habitent à la surface de la coquille. Il s’agit d’un répit, d’un simple répit. Dans dix siècles, la Bête se réveillera et tout recommencera. Si vos congénères ne sont pas totalement idiots, ils quitteront Kandarta pour aller s’installer sur une autre planète. Mille ans, cela leur laisse le temps d’organiser leur déménagement.

— Et toi ? s’enquit Peggy.

— Moi, fit Alzir avec un haussement d’épaules. Moi, je vais sauter par-dessus bord. Je rebondirai trois ou quatre fois sur la plaine de caoutchouc, puis je m’endormirai aux côtés de la créature qui m’a fabriqué ainsi. Je rêverai de toi pendant les mille prochaines années, c’est une perspective plutôt agréable.

— Tu ne veux pas venir avec nous ? insista la jeune fille.

— Non, merci, fit Alzir avec un pauvre sourire, ce ne serait pas raisonnable. Je ne tiens pas à finir dans un cirque ou dans un laboratoire, disséqué par des savants trop curieux. Je vais aller retrouver les miens. N’oubliez pas de redescendre chercher les enfants kangourous. D’ici dix minutes ils auront cessé de sauter et de rire. La Dévoreuse endormie, ils vont s’éveiller du maléfice qui les forçait à se comporter comme des idiots. Ils auront peur, ils ne sauront pas où ils sont. Ne tardez pas à les secourir.

Avant que Peggy ait eu le temps de répondre, Alzir enjamba la nacelle, agita la main en guise d’au revoir, et il sauta dans le vide. La nuit du fond l’avala.

 

— Un bon camarade, soliloqua le chien bleu. Sans lui nous n’aurions jamais pu nous en sortir.

Peggy réprima son envie de pleurer et se pencha sur Sébastian. Le garçon avait cessé de rire. Une grimace lui déforma le visage et il porta la main à son front.

— Que j’ai mal à la tête ! gémit-il. Où sommes-nous ? Je ne me souviens de rien.

— Et c’est aussi bien comme ça, ricana le chien bleu, parce que tu aurais honte de t’être comporté en vrai crétin !

 

La Bête des souterrains
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